L’Intelligence Artificielle remplacera des emplois. Le CHOIxCE peut en sauver, et en créer

Jan-Edouard Brunie
Intelligence Artificielle Faire Le CHOIxCE

« Ce qui compte doit pouvoir être compté. Mais ce qui soigne doit pouvoir être reconnu. » — JEB

API, intelligence artificielle, automatisation : trois mots qui, depuis deux ans, reviennent comme une même annonce, celle d’une substitution. Des emplois seront remplacés, parfois vite, parfois massivement. C’est fort probable. Tout ce qui est répétable, protocolisable, standardisable finit toujours par être absorbé dès qu’un système trouve un moyen plus rapide d’obtenir un résultat comparable.

Mais je veux déplacer la question. 

Pourquoi l’IA “gagne-t-elle”, économiquement ? 

On invoque la puissance, on décrit des performances, on brandit la technique comme si elle suffisait à expliquer le mouvement. Or l’explication est plus prosaïque. Notre monnaie ne compare qu’une chose : le coût financier immédiat. Une machine coûte moins cher qu’un humain, elle remplace l’humain. On appelle cela progrès, alors qu’il s’agit d’un arbitrage devenu automatique, presque réflexe, parce que l’instrument de mesure ne regarde qu’un seul axe. Mais c’est plutôt une régression de l’intelligence humaine, à laquelle on assisterait alors…si.

Ce n’est donc pas une fatalité technologique. C’est une problématique de point de départ monétaire.

Début février 2026, Elon Musk a formulé, à sa manière, une intuition brutale : une fois la boucle énergie solaire, robots, puces, intelligence artificielle refermée, la monnaie conventionnelle ne fera que « gêner » ; seuls compteront la puissance énergétique et la masse produite, plus les dollars. Dans mon ouvrage je rappelle dans l’histoire de la monnaie… l’Histoire du dollar, etc. des cryptos. Cette intuition, je la prends au sérieux, parce qu’elle dit quelque chose de vrai : la valeur devra revenir au réel physique, à l’énergie, à la matière.

Mais elle demeure incomplète. Car l’énergie et la matière ne suffisent pas. Il manque le temps, le temps vécu, le temps humain. Il manque aussi l’usage, autrement dit ce que cela fait au vivant : ce qui soigne et ce qui détruit.

C’est précisément là que se loge le CHOIxCE.

Mon système repose sur une grammaire commune, matière, énergie, temps, régulée par l’usage réel. Je ne parle pas d’un slogan. Je parle d’un ré-ancrage. Une manière de remettre la valeur au sol, de sortir d’une abstraction qui laisse passer l’injustice comme si elle était naturelle, comme si elle n’était que la conséquence neutre d’un marché “rationnel”.

Or l’intelligence artificielle n’est pas immatérielle. C’est même l’une des illusions les plus efficaces de notre époque : croire que ce qui se passe “dans le cloud” serait sans corps ! L’IA mobilise des serveurs, des centres de données, des chaînes industrielles, des métaux stratégiques. Elle consomme de l’électricité, du refroidissement, du renouvellement matériel. Et la course à la puissance de calcul accentue ce déplacement : on ne parle plus seulement d’algorithmes, on parle d’infrastructures, d’énergie, de matière, et bientôt d’espace, puisque certains imaginent déjà déporter des capacités de calcul hors du sol terrestre pour repousser les limites.

Dans l’économie actuelle, une part de ces coûts demeure diluée, lointaine, hors champ. On compare un prix, puis l’on conclut sur la valeur. Dans le CHOIxCE, cette confusion cesse d’être possible. Une baisse de prix ne suffit plus à se faire passer pour une hausse de valeur, parce que le calcul impose de regarder ce qui est consommé, extrait, dissipé, et ce qui est réellement produit pour le vivant.

C’est à cet endroit que des emplois peuvent être sauvés, non par décret, non par protectionnisme, mais par correction de l’instrument de mesure.

Le soin, l’enseignement, la médiation, l’artisanat, la réparation, l’agriculture vivante, la création artistique : dans l’économie actuelle, une image générée en quelques secondes peut concurrencer un illustrateur, non parce qu’elle aurait la même valeur, mais parce que le système ne compare que la vitesse et le tarif, dans une monnaie qui traite le temps humain comme une « gêne » ( alors il n’y aurait pas de plaisir pour Elon Musk ?) et non comme une dimension de valeur. Dans une monnaie du vivant, le geste incarné, le temps engagé, la mémoire accumulée, l’intention, redeviennent visibles dans le calcul. La comparaison change de nature. Elle n’oppose plus simplement un humain “lent” à une machine “rapide”. Elle met face à face deux régimes de coûts réels, l’un porté par du vivant, l’autre soutenu par une infrastructure matérielle et énergétique lourde, souvent déplacée loin du regard.

Avec le CHOIxCE, il ne s’agit en aucun cas de freiner la technique. Il s’agit de changer l’unité de mesure. Et lorsqu’on change l’unité de mesure, on change les décisions économiques, on change la hiérarchie des arbitrages, on change ce qui devient rentable.

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Le soin, l’enseignement, la médiation, l’artisanat, la réparation, l’agriculture vivante, la création artistique : ce sont des champs où l’on tente déjà, parfois sans même s’en rendre compte, d’imposer la logique du “moins cher, plus vite”, comme si la valeur pouvait se réduire à un résultat immédiat. Or c’est précisément dans ces métiers que le temps humain n’est pas un résidu, mais la matière même de l’acte. On peut automatiser une réponse, on peut standardiser un protocole, on peut générer une image ou produire un texte en série; mais on ne remplace pas si facilement la présence, la nuance, la responsabilité, la main, l’écoute, la transmission, ni l’épaisseur d’un geste appris, répété, habité.

Dans une économie classique, ces métiers sont fragilisés parce qu’ils sont “lents”, parce qu’ils résistent à la compression, parce qu’ils ne s’alignent pas sur l’obsession de rendement, et parce que la monnaie, aveugle au vivant, les compare à des simulacres rapides. Dans le CHOIxCE, la comparaison n’est plus le simple duel du tarif et de la vitesse; elle réintègre ce qui faisait la valeur mais que l’époque a refoulé, le temps engagé, l’usage réel, la trace laissée, la matière mobilisée, l’énergie dissipée. Cela change les arbitrages; et cela réhabilite des métiers qui semblaient condamnés, ou relégués au folklore.

Concrètement, des métiers seront préservés parce qu’ils portent du vivant, au sens strict. Le soin, dans ses formes les plus diverses, infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de vie, éducateurs spécialisés, psychothérapeutes, médiateurs familiaux; l’enseignement et la transmission, professeurs, formateurs, maîtres d’apprentissage, accompagnants d’élèves en situation de handicap; la médiation sociale, les métiers de l’accueil, du lien, de la prévention; l’artisanat, menuisiers, tailleurs de pierre, céramistes, cordonniers, couturières, relieurs; la réparation, techniciens de maintenance, réparateurs d’électroménager, de smartphones, de vélos, mécaniciens, reconditionneurs; l’agriculture vivante, maraîchers, paysans semenciers, arboriculteurs, apiculteurs, agronomes de terrain; la création artistique, illustrateurs, graphistes, musiciens, photographes, artisans d’art, décorateurs, scénographes. Ce ne sont pas des métiers “anti-technologie”; ce sont des métiers où la valeur ne tient pas à l’output brut, mais au rapport au vivant, à l’usage, au temps, à la responsabilité.

Et il y a autre chose, plus discret, plus décisif : le CHOIxCE ne se contente pas de préserver, il peut aussi réhabiliter. Ce que l’époque a cru devoir enterrer revient souvent par nécessité. Le “réparateur” que l’on avait remplacé par le jetable redevient central. Le “rempailleur”, le “ravaudeur”, le “retoucheur”, le “réaffûteur”, le “restaurateur” d’objets, de meubles, de livres, de tissus, redevient pertinent dès lors qu’une économie cesse d’être organisée autour du gaspillage. Le “collecteur”, le “trieur”, le “valoriste” des filières de matières, reprend une dignité dès lors que l’on cesse de traiter la matière comme une poussière comptable. Même des métiers de proximité, souvent humiliés par la logique de prix, prennent un autre statut : le petit atelier, la coopérative de reconditionnement, la ferme diversifiée, l’artisan qui fait durer, au lieu de remplacer.

C’est aussi ainsi que l’emploi peut être créé. Car une monnaie du vivant n’est pas un simple symbole. Elle impose des fonctions nouvelles, concrètes, structurantes : mesurer la matière et l’énergie, auditer les chaînes de production, qualifier l’usage réel, documenter la traçabilité, maintenir une gouvernance responsable, outiller l’API et ses conversions, organiser la transparence. Cela signifie, très simplement, qu’un écosystème de métiers apparaît autour du calcul oïkonomique : ingénieurs de données, statisticiens, spécialistes d’analyse de cycle de vie, contrôleurs de cohérence, auditeurs matière-énergie-temps, certificateurs, responsables de filières, développeurs et mainteneurs d’API, opérateurs de conversion, juristes de gouvernance, médiateurs de normes, formateurs à la lecture de la valeur. Une monnaie qui se veut universelle, vérifiable, et ancrée dans le réel, ne peut pas fonctionner sans ces professions, sans ces compétences, sans ces institutions.

Autrement dit, le CHOIxCE ne “lutte” pas contre l’intelligence artificielle mais il la remet à sa place. 

Il met fin à une situation absurde où la machine gagne par défaut à l’avantage d’une minorité qui se gave alors qu’elle n’a même plus d’appétit. Et cette machine-système ravage et gagne… non parce qu’elle serait supérieure en valeur, mais parce que la monnaie a renoncé à compter ce qu’elle devrait compter. 

Tant que la monnaie ignore le vivant, l’emploi humain perdra. Si la monnaie se ré-ancre dans le vivant, l’emploi humain redevient compétitif. 

«  Ce n’est pas une révolution technologique que propose le CHOIxCE. C’est une guérison monétaire collective » – JEB

Jan-Edouard Brunie