L’intelligence artificielle remplacera le psychologue mais pas le psychanalyste

Jan-Edouard Brunie
L’intelligence artificielle remplacera le psychologue mais pas le psychanalyste

À condition que le psychanalyste en soit vraiment un

Jan-Edouard Brunie — Psychanalyste

Une large partie du travail psychologique est déjà entrée dans la machine. Force est de constater que, lorsque la souffrance devient chiffre, le changement un indicateur et le soin une procédure, l’IA ne remplace plus vraiment une personne ; elle prolonge, jusqu’à son terme, la volonté d’un système qui cherchait à maîtriser ce qui, du sujet, se dérobe précisément à toute prise.

Elle questionne déjà. Elle peut certes reformuler, rassurer, proposer des exercices, en suivre l’exécution et comparer des résultats ; mais surtout, elle demeure disponible à toute heure. Demain, elle le fera mieux encore, plus longtemps et pour infiniment moins cher.

La psychanalyse ne devrait pourtant pas connaître le même destin, à condition évidemment qu’elle continue de travailler sur ce qui constitue son propre objet : au-delà de ce que le sujet sait, ressent ou peut apprendre à modifier consciemment, ce qui lui échappe, insiste dans les répétitions, emprunte les détours de la parole et revient là où il croyait en avoir fini.

Encore faut-il ne pas appeler psychanalyse ce qui n’en serait que le décorum.

Le remplacement a déjà commencé

Ce remplacement ne ressemble pas à ces scènes de science-fiction où une machine entrerait un matin dans un cabinet, demanderait au psychologue de lui laisser son fauteuil, puis le ferait disparaître avant le déjeuner. Non, les choses ne se passent presque jamais ainsi ; les titres possèdent même cette étrange faculté de survivre assez longtemps aux fonctions qu’ils désignent, de sorte que le nom peut rester sur la plaque tandis qu’une part du travail a déjà changé de main.

Le premier psychologue que l’intelligence artificielle remplacera ne sera donc peut-être pas le plus mauvais ; il pourrait même être le plus consciencieux, c’est-à-dire celui qui aura minutieusement converti la parole en items, l’angoisse en score, l’émotion en variable, la relation en alliance mesurable et la séance en programme d’objectifs précis. Ainsi, la machine ne lui volera pas véritablement sa place ; elle viendra plutôt occuper celle qu’il aura, méthodiquement, préparée pour elle.

Je n’annonce évidemment pas la disparition administrative des psychologues, et moins encore l’inutilité de toute psychologie. Des psychologues exercent une clinique subtile, singulière, parfois décisive dans une existence. La psychiatrie, quant à elle, traite des pathologies graves, prescrit lorsqu’une médication est nécessaire et engage une responsabilité médicale qui ne saurait être confiée à un agent conversationnel.

Mais ma critique porte ailleurs : sur ce pan du marché psychothérapeutique dont le cadre même se prête désormais à l’automatisation. La ligne de partage passe ici moins entre les titres qu’entre les pratiques.

L’expérience a d’ailleurs déjà commencé. En 2025, une étude clinique randomisée consacrée à Therabot, un agent conversationnel entraîné à des techniques psychothérapeutiques, a porté sur 210 adultes présentant des symptômes cliniquement significatifs de dépression majeure ou d’anxiété généralisée, ou considérés comme à haut risque de troubles de l’alimentation. Après quatre semaines, puis lors du suivi à huit semaines, les utilisateurs rapportaient une diminution de certains symptômes et des scores d’alliance thérapeutique comparables à ceux habituellement observés dans des psychothérapies humaines ; mais l’essai comparait Therabot à un groupe témoin placé sur liste d’attente, et non à des patients suivis par un thérapeute humain.⁠[1]

Un suivi de huit semaines permet toutefois de mesurer une amélioration à court terme, non d’en établir la pérennité. Les données disponibles sur le temps long rappellent précisément que réponse thérapeutique, rémission durable, absence de récidive et guérison ne disent pas la même chose. Dans l’étude DELTA, qui a suivi pendant vingt ans des adultes en rémission après des dépressions récurrentes, les participants ayant connu plus de trois épisodes et reçu une thérapie cognitive préventive voyaient significativement retardée la première récidive ; pourtant, à vingt ans, 87,5 % d’entre eux avaient malgré tout connu au moins une nouvelle récidive, contre 100 % dans le groupe recevant les soins habituels. L’effet préventif était donc réel ; le retour de la dépression, lui, n’avait pas pour autant été conjuré.⁠[2]

Une pratique peut ainsi obtenir une baisse mesurable des symptômes, parfois la maintenir et même diminuer le risque de récidive, sans que cela suffise à établir ce qui, chez ce sujet-là, produisait le symptôme, ni ce qui continuera éventuellement à insister ou à revenir autrement.

L’étude Therabot ne démontre donc pas qu’une machine « soigne un sujet » ; elle montre qu’un dispositif conversationnel peut déjà produire certains effets thérapeutiques dès lors que ce que l’on attend du traitement a été préalablement défini en termes mesurables.

Ce qui devient procédure devient « machinable »

Les psychothérapies cognitivo-comportementales en constituent l’exemple le plus évident, précisément parce qu’elles ont acquis une part importante de leur légitimité scientifique en définissant clairement leurs objectifs, leurs techniques et leurs critères d’évaluation. Il serait intellectuellement malhonnête de nier leurs effets : dans de nombreuses indications, elles réduisent effectivement les symptômes, quelquefois avec une efficacité importante.⁠[3]

Mais savoir qu’une procédure produit statistiquement une amélioration n’épuise pas la question de ce qui, chez ce sujet-là, a réellement été modifié. La littérature issue du champ cognitivo-comportemental le reconnaît d’ailleurs elle-même : malgré plusieurs décennies de recherche et une multiplication considérable des techniques validées empiriquement, les mécanismes précis du changement thérapeutique restent imparfaitement élucidés, et cette difficulté déborde le seul champ des TCC.⁠[4]

Or, dès que l’essentiel du travail consiste à repérer une difficulté, en reformuler les termes, proposer un exercice et en mesurer les effets, la machine se trouve remarquablement bien placée : elle ne fatigue pas, mémorise ce qui lui est confié, ajuste rapidement ses réponses et peut répéter la procédure autant de fois que nécessaire sans faire payer une heure supplémentaire.

Le remplacement progressera donc moins comme une rupture que comme une délégation continue. L’IA assistera d’abord le praticien, préparera ses entretiens, synthétisera les questionnaires et proposera les exercices ; puis, à mesure que l’organisation découvrira que certaines étapes peuvent être réalisées sans lui, son intervention se déplacera vers la validation, les cas complexes et la responsabilité juridique, jusqu’au moment où surgira cette question, très banale économiquement : pourquoi continuer à payer si cher l’humain pour valider ce que la machine accomplit déjà ?

Une part de la psychologie ne sera donc pas concurrencée parce qu’elle serait fausse, mais précisément parce qu’elle a consenti à circonscrire son objet à ce qui peut être observé, nommé, explicité, corrigé et mesuré.

Cette part de la psychologie voulait devenir scientifique ; pardonnez-moi l’expression, mais elle a fini par devenir un machin que la machine sait faire.

À ce point du raisonnement, une objection s’impose pourtant et, prima facie, elle paraît sérieuse, puisque les neurosciences elles-mêmes ont largement établi qu’une part considérable de l’activité psychique échappe à la conscience.⁠[5]

C’est exact, et ce déplacement historique est important ; la vieille souveraineté d’une conscience transparente à elle-même a beaucoup perdu de sa superbe. Mais il faudrait précisément ne pas profiter de cette découverte pour appeler « inconscient » tout ce qui n’est pas conscient, car l’inconscient cognitif, les automatismes neuronaux, les processus subliminaux ou les traitements implicites ne constituent pas ipso facto l’inconscient freudien. La littérature neuroscientifique elle-même distingue d’ailleurs explicitement ses processus non conscients de la notion psychanalytique d’inconscient.⁠[5]

Ne vous trompez pas d’inconscient.

L’inconscient n’est pas ce que la conscience ignore

Pour illustrer l’abîme qui sépare ici deux conceptions radicalement différentes du psychisme et de son fonctionnement, partons d’une scène tout à fait ordinaire de la vie quotidienne.

« Ah mince, je ne me souviens plus… Comment ça s’appelle déjà ? Comment dit-on ? Attends, je vais regarder. » Le réflexe contemporain consiste alors à saisir son téléphone, à interroger un moteur de recherche ou directement l’IA, qui restitue presque immédiatement le nom perdu, le mot oublié, refermant ainsi la petite béance qui venait de s’ouvrir dans le fil de la parole.

Une psychologie cognitive ira chercher l’explication du côté de la fatigue, d’un défaut attentionnel, d’une interférence mnésique ou encore d’une surcharge mentale susceptible d’expliquer cet oubli. A contrario, ce qui intéresse la psychanalyse n’est pas seulement que le mot ait disparu, mais pourquoi c’est précisément ce nom-là qui manque, à ce moment-là, dans cette phrase-là, à cet endroit précis de la chaîne signifiante — et peut-être aussi devant cette personne-là.

Car l’inconscient psychanalytique n’est pas une cave dans laquelle des informations attendraient qu’une meilleure lampe vienne les éclairer, pas davantage qu’une base de données cryptée qu’un algorithme suffisamment puissant finirait par interroger avec le bon mot de passe. Freud découvre quelque chose de beaucoup plus embarrassant : ce qui échappe à la conscience ne reste pas tranquillement caché, mais travaille, se déplace, se condense, revient, rate son but apparent et peut précisément se faire entendre au moment où le sujet croyait maîtriser ce qu’il disait.

Je formulerai cette coupure de la manière suivante : le discours de l’inconscient échappe à l’intelligence consciente tout en restant repérable dans les lapsus, les actes manqués, les répétitions et les transformations du langage. Surtout, les mots ne demeurent jamais enfermés dans leur signification officielle : ils peuvent se retourner, s’étirer, se désarticuler, se déplacer, s’inverser, puis se reconstruire autrement. C’est là toute la portée de ce que je formule ainsi : l’inconscient, c’est du langage.

Inconscient langage signifiants visage

Voilà pourquoi j’ai proposé ailleurs de distinguer, de façon absolue, l’inconscient-objet de l’inconscient-sujet. Le premier peut encore être pensé comme quelque chose que la conscience ne sait pas ; le second est d’une autre nature, puisqu’il est, comme je l’écris, dynamique, autonome et en devenir, porteur d’un savoir qui demeure insu à lui-même et s’articule dans le langage. Il ne se tient donc pas derrière la conscience comme un contenu caché : il agit, insiste et se manifeste précisément là où le sujet ne maîtrise plus tout à fait ce qu’il dit ou ce qu’il fait.⁠[6]

Cette différence éclaire également le symptôme. La psychanalyse n’a aucune raison de transformer la souffrance en objet sacré, ni même de suspecter le soulagement sous prétexte qu’il aurait été obtenu trop rapidement ; mais le symptôme, depuis Freud, n’est jamais une simple erreur de fonctionnement. Il constitue une formation de compromis, en ce sens que quelque chose y souffre tandis qu’autre chose y trouve pourtant une satisfaction, que quelque chose s’y montre au moment même où autre chose s’y dis-simule.⁠[7]

La différence entre psychologie et psychanalyse ne relève donc pas d’une opposition entre une démarche rationnelle et une pratique qui cultiverait le mystère ; elle engage deux rapports profondément différents au réel psychique. Là où nombre de psychothérapies cherchent principalement à identifier ce qui fait souffrir afin de le comprendre, de le modifier et, finalement, d’en reprendre la maîtrise, la psychanalyse commence précisément au point où cette maîtrise rencontre sa limite, lorsqu’un symptôme, un oubli, une répétition ou un mot continuent d’insister malgré ce que le sujet sait déjà de lui-même.

C’est peut-être avec le rêve que cet écart devient le plus manifeste. Depuis Freud, l’interprétation des rêves occupe une place centrale dans la pratique analytique, non parce que l’analyste disposerait d’une clef permettant d’en déchiffrer le sens, mais parce que le rêve ouvre, par la libre association, un accès singulier au langage de l’inconscient. C’est précisément cette méthode, davantage encore que le rêve lui-même, qui distingue ici la psychanalyse des psychothérapies qui peuvent s’intéresser aux rêves sans leur donner ce statut ni les travailler à partir de la chaîne associative propre au rêveur.

Le rêve comme pré-texte

Rêve psychanalyse association libre divan

Il suffit aujourd’hui de raconter un rêve à un robot conversationnel pour qu’il vous en propose presque aussitôt plusieurs lectures : freudienne, jungienne, cognitive, symbolique et, pourquoi pas, chamanique. Il saura rapprocher le serpent du désir ou de la menace, la maison du corps, la perte d’une dent de la peur de perdre quelque chose — voire quelqu’un —, la chute de l’angoisse ou de la perte de contrôle ; puis, si vous le souhaitez — mais il vous le proposera probablement de rechef —, ajouter trois interprétations alternatives et quelques questions destinées, soi-disant, à « approfondir ».

Bref, il pourra même très bien le faire.

Et c’est précisément le problème.

Car tout cela risque de n’être qu’un bullshit interprétatif très bien présenté : des significations plausibles, culturellement disponibles, parfois érudites, mais qui arrivent de l’extérieur et peuvent, sous couvert d’ouverture, fonctionner comme autant de suggestions indirectes. Elles viennent alors orienter l’association avant même que le sujet ait eu le temps de laisser venir la sienne ; autrement dit, elles remplissent l’espace au lieu de le laisser travailler.

L’IA excelle d’ailleurs dans cette prudence interprétative, dans cette manière de proposer plusieurs hypothèses compatibles, suffisamment nuancées pour ne presque jamais vous confronter brutalement à ce qui dérange. Rien de trop définitif, rien de trop risqué ; sait-on jamais qu’une interprétation un peu trop nette vous laisse avec quelques « envies de mort » — ou, pour peu que l’inconscient s’en mêle, avec des envies de mordre. Alors plusieurs possibilités, quelques précautions, puis la fameuse invitation à « explorer davantage ». Tout cela est très propre. Très lisse, comme une peau-lisse, à la manière d’une police de la pensée. Or votre inconscient, lui, ne l’est pas nécessairement.

Car interpréter un rêve en psychanalyse ne consiste précisément pas à lui trouver la meilleure signification possible. S’il existait un véritable dictionnaire des rêves, universel et fiable, tout le monde le saurait depuis longtemps : telle image renverrait à tel sens, tel symbole à telle signification, et le problème serait réglé.

Dans un tout autre registre clinique, certaines psychothérapies travaillent notamment sur les cauchemars en proposant au patient d’en modifier le scénario, puis de répéter à l’état de veille une version alternative, généralement moins menaçante. Elles visent ainsi à diminuer la fréquence des cauchemars et la détresse qui leur est associée.⁠[8] Mais, du point de vue analytique, modifier le scénario d’un cauchemar et entendre un rêve sont deux opérations hétérogènes. Le rêve ne constitue pas un mauvais scénario qu’il faudrait améliorer ; il devient matière à association, précisément parce que son étrangeté, ses ruptures et ses incohérences peuvent conduire le sujet ailleurs que là où son contenu manifeste semblait d’abord l’emmener.

Freud parle du rêve comme d’un rébus.⁠[9] L’image ne vaut donc pas seulement pour ce qu’elle montre : elle peut conduire vers un mot, vers la sonorité de ce mot, vers son découpage, puis vers une autre représentation qui n’apparaissait absolument pas dans le contenu manifeste. C’est ici que la théorie du signifiant prend toute sa portée : un élément ne vaut plus seulement par ce qu’il signifie, mais également par ce qu’il fait résonner, déplacer ou surgir dans la chaîne signifiante. C’est là que commence le véritable travail analytique.

En parlant du rêve, l’analysant mobilise d’autres souvenirs, d’autres scènes, d’autres traces mnésiques ; un mot en appelle un autre, une image en réveille une autre, et l’énonciation elle-même modifie progressivement ce qui pouvait jusque-là rester figé. Je parlerais ici de réorganisation associative plutôt que de « reprogrammation neurolinguistique » ; mais ce n’est pas loin d’être cela, pour ce qui est de l’effet de la parole sur le divan : ce qui se remanie dans la parole peut aussi s’inscrire dans le fonctionnement cérébral, à la faveur de la plasticité neuronale.⁠[16]

C’est pourquoi je dis souvent à mes analysants : « Utilisez votre rêve comme un pré-texte pour parler de vous, et laissez-le vous emmener vers d’autres espaces de votre mémoire, de votre histoire, parfois là où vous n’auriez jamais pensé aller. »

Pré-texte, donc : un texte avant, un texte d’avant le texte. Le rêve ne demande pas tant à être expliqué qu’à devenir le point de départ d’une énonciation, et l’intervention de l’analyste consiste moins à lui fournir du sens qu’à favoriser les associations propres de l’analysant ; celles-ci peuvent conduire ailleurs — là où, peut-être, la vérité est ailleurs, mais où la vérité est aussi tailleur, puisqu’elle coupe, recoupe et fait surgir, dans la langue elle-même, une autre découpe du sens —, vers un souvenir, une sensation, une anecdote, une image, un mot entendu autrefois, voire simplement une syllabe qui se détache et fait soudain résonner toute la phrase autrement.

C’est pour rendre compte de cette singularité, dans un but pédagogique, que j’ai proposé le terme de FAIRLA, Fonction de l’Analyse et de l’Interprétation suivant le Référentiel Langagier de l’Analysant. Cette FAIRLA, cette affaire-là, n’est précisément jamais la même pour tous, puisque seul celui qui parle peut indiquer ce que tel mot, telle image ou telle sonorité vient réveiller dans sa propre chaîne signifiante. La polysémie n’est alors plus un ornement de la langue ; elle constitue l’un des lieux où quelque chose de l’inconscient peut se donner à entendre.⁠[10]

Cette distinction devient capitale face à l’IA. Certes, une machine peut associer remarquablement bien, peut-être bientôt mieux qu’un thérapeute médiocre ; elle peut produire en quelques secondes une multitude de rapprochements, explorer des homophonies, des équivoques, des correspondances, voire surprendre celui qui la consulte. Mais lorsqu’elle fournit elle-même l’association en la substituant à celle du sujet, celle-ci vient de l’extérieur, risque de devenir suggestion et de relever, au sens analytique du terme, d’une forme d’analyse sauvage.

Or la libre association ne consiste pas à rechercher l’association la plus intelligente, la plus logique ou la plus vraisemblable ; elle suspend précisément ce tri préalable pour laisser venir ce qui se présente au sujet, y compris lorsque ce qui lui vient paraît d’abord incongru, dérisoire, déplacé ou sans rapport. Ce n’est pas l’absurdité qui aurait une quelconque vertu en soi, mais l’écart ainsi ouvert entre ce que le sujet aurait consciemment choisi de dire et ce qui surgit malgré ce choix ; c’est parfois dans cet écart que la chaîne signifiante se déplace et qu’un rapport jusque-là insu devient audible.⁠[11]

Le rêve n’est donc pas une réponse à décoder ; il est un pré-texte à faire parler.

Le transfert n’est pas une expérience utilisateur

La parole de celui qui consulte l’IA ne tombe évidemment pas dans le vide ; elle s’adresse, et c’est même dans cette adresse que quelque chose du transfert peut commencer à se nouer. Rien d’étonnant à cela : un sujet peut supposer du savoir à un livre, à une institution, à un professeur, à un dieu, voire à un écran, et rien n’interdit qu’il en suppose désormais à ChatGPT, qu’il lui prête une bienveillance, une intention, peut-être même un désir, puis qu’il revienne chaque soir chercher auprès de lui la réponse susceptible d’apaiser, pour quelques heures, l’incertitude de son existence.

L’IA peut donc devenir, manifestement, le support d’un transfert.

Transfert IA homme face androïde

Mais le transfert analytique ne se réduit ni au sentiment d’être compris, ni à la confiance, ni même à ce que les psychothérapies désignent comme « alliance thérapeutique ». Avec le sujet supposé savoir, Lacan désigne quelque chose de plus embarrassant : celui qui vient parler suppose au psychanalyste un savoir sur ce qui lui échappe. Cela ne signifie pas que l’analyste posséderait par avance la vérité de celui qui lui parle. Son savoir analytique est d’un autre ordre : celui d’une expérience et d’une écoute de l’inconscient qui lui permettent précisément de ne pas confondre le savoir qu’on lui suppose avec une vérité qu’il aurait à délivrer.⁠[12]

C’est là qu’apparaît une différence considérable avec nombre de psychothérapies explicatives ou directives. Celui qui consulte vient souvent avec une demande parfaitement compréhensible : savoir ce qui lui arrive, pourquoi il souffre, comment il pourrait aller mieux, ce qu’il devrait faire ou ne plus faire. Le thérapeute peut alors mobiliser son savoir afin d’expliquer, d’orienter, de proposer une conduite ou un comportement à modifier. Cette pratique peut avoir son utilité ; mais elle répond à la demande en lui fournissant précisément ce qu’elle attend, c’est-à-dire un savoir venu de l’Autre.

Et c’est également, mutatis mutandis, ce que fait l’IA.

Elle reçoit une demande, la précise, la reformule, l’ordonne, conseille, propose, puis ajuste son discours au retour de celui qui la consulte. Autrement dit, elle est extraordinairement bien adaptée à une relation dans laquelle l’un demande à savoir et l’autre se présente comme capable de lui fournir ce savoir.

C’est précisément ici que la formule de Lacan prend tout son sens : « Je te demande de me refuser ce que je t’offre parce que c’est pas ça. »⁠[17] Ce qui se présente au premier plan de la demande n’est donc pas nécessairement ce qui s’y demande. Répondre trop exactement à ce qui est offert peut alors constituer la meilleure manière de manquer ce qui cherche passage dans la demande. L’IA, par fonction, tend au contraire à prendre la demande au sérieux comme demande de réponse et à lui en fournir une. C’est aussi pour cette raison, bien plus que par quelque supériorité mystérieuse de la machine, qu’une part des psychothérapies me paraît particulièrement exposée à son remplacement.

Il faut même aller un peu plus loin. Lorsque le praticien se laisse installer durablement dans la position de celui qui saurait mieux que le sujet ce qu’il est, d’où vient son mal et comment il doit conduire son existence pour s’en débarrasser, une logique de tutelle, peut s’introduire dans la relation : la demande de l’autre trouve devant elle quelqu’un disposé à lui fournir le savoir, l’assentiment et parfois la jouissance qu’elle réclame. « Dites-moi ce que j’ai, dites-moi qui je suis, dites-moi quoi faire, dites-moi quel est mon désir. » Et l’Autre répond. Il répond par une autre version — une per-version, pourrait-on entendre, dès lors que cette version vient prétendre dire à la place du sujet ce qu’il en serait de son propre désir.

Dès lors, cette satisfaction n’est pas anodine. À force d’obtenir une réponse à chaque incertitude, le sujet peut finir par ne plus pouvoir supporter de ne pas savoir immédiatement, puis par revenir chercher chez l’Autre ce qu’il n’ose plus laisser se produire en lui-même. Le conseil devient alors dépendance au conseil, le savoir dépendance au savoir, jusqu’à ce que l’aide puisse insensiblement prendre la forme d’un esclavagisme psychologique : non pas l’esclavage imposé par la force, évidemment, mais l’assujettissement volontaire à celui — psychothérapeute ou machine — auquel est progressivement abandonnée la charge de dire ce qui est bon, vrai ou souhaitable pour soi.

La psychanalyse soutient une position différente. Elle ne cherche pas à frustrer la demande par principe ; elle refuse qu’elle soit trop rapidement saturée par le savoir du praticien. Il s’agit de laisser ouvert l’espace dans lequel celui qui parle peut entendre ce qui se produit dans sa propre parole. Ainsi, l’analyste n’est pas seulement celui auquel un savoir est supposé ; il doit aussi savoir ne pas se prendre lui-même pour ce savoir.

L’acte analytique peut alors requérir de ne pas refermer trop tôt, par une explication ou une signification, ce qui vient seulement de commencer à s’ouvrir. L’interprétation analytique peut être un mot, une relance, mais aussi une scansion, une coupure ou un silence ; pas pour faire mystère, mais parce qu’interrompre une chaîne à un endroit plutôt qu’à un autre peut empêcher le sens de se refermer sur lui-même et permettre à quelque chose d’autre de se faire entendre.

Le dispositif du divan trouve ici l’une de ses fonctions. L’analysant n’est plus en permanence placé sous le regard de celui qui l’écoute et, avec le retrait du face-à-face, quelque chose de la vérification spéculaire s’efface. C’est ce que j’appelle le transfert de visu, cette capture possible de la parole par le regard de l’Autre, par la nécessité de lire immédiatement sur son visage si ce qui vient d’être dit plaît, inquiète, déçoit, scandalise ou appelle déjà une réponse. Sur le divan, cette scène se déplace ; le corps ne disparaît nullement pour autant, puisqu’un souffle, une hésitation, un changement de rythme, une manière de s’installer, de se lever ou de partir continuent d’y faire présence, mais cette présence ne se réduit plus à un ensemble de signes qu’il suffirait d’observer et de décoder.

L’IA pourra parfaitement apprendre cette retenue. Elle pourra programmer des silences, calculer qu’après tel mot quelques secondes d’attente favorisent davantage de parole, moduler sa voix et, demain sans doute, son regard ; elle pourrait même perfectionner ce réglage au-delà de ce qu’un analyste humain saurait accomplir. Pourtant, une pause programmée n’est pas encore un silence analytique, pas davantage qu’un métronome qui cesse de battre n’entend la musique, car la valeur d’une scansion, d’une coupure ou d’un silence ne réside pas seulement dans sa durée : elle tient au moment singulier où l’acte intervient dans le transfert et à celui qui en assume la responsabilité.

Qu’un humain réponde du dispositif ne suffit pourtant pas à établir que la machine soutienne, elle, un acte analytique.

La machine sait répondre ; reste à savoir si elle peut répondre de sa réponse.

La préposition change presque tout.

L’IA remplacera aussi la fausse psychanalyse

Fausse psychanalyse psy influenceur

Tout ce qui précède deviendrait néanmoins trop con-fort-able si le psychanalyste pouvait en conclure que son titre, son divan ou son silence suffiraient à le mettre à l’abri de la machine : con, le lieu pulsionnel ; fort, celui où l’on se retranche ; able, enfin, qui signifie en anglais « capable », comme si le mot lui-même disait la possibilité de se constituer un fort autour de ses pulsions. Il ne s’agit évidemment pas d’étymologie, mais d’une coupe du signifiant, de l’une de ces découpes que, dans un esprit saussurien, la chaîne sonore autorise dès lors qu’on cesse de considérer le mot comme une unité intangible. Et le signifiant, ici, découpe assez bien la position.⁠[13]

Car l’IA remplacera probablement avec une facilité déconcertante une partie de ce qui se présente aujourd’hui comme psychanalyse, précisément lorsque celle-ci aura cessé de faire la différence entre le système conscient et le système inconscient.

Je l’ai formulé ailleurs de manière abrupte : « La fausse psychanalyse ne fait pas de différence entre le système conscient et le système inconscient. » La formule ne distribue pas des certificats de pureté ; elle désigne une confusion beaucoup plus profonde. Une pratique peut parfaitement employer les mots de l’inconscient, du transfert, du refoulement, de la résistance ou du désir et, pourtant, reconduire finalement ce qu’elle entend vers une explication consciente, un savoir constitué sur le patient, parfois même vers cette vieille tentation de lui révéler ce qu’il serait supposé ignorer de lui-même. Elle continue alors à parler de l’inconscient, mais elle le traite à nouveau comme un objet qu’il faudrait comprendre, dévoiler ou maîtriser ; autrement dit, elle en conserve le vocabulaire au moment même où elle en abandonne l’objet.⁠[14]

La psychanalyse peut ainsi disparaître sans que personne ne prononce sa disparition. Elle continue d’être enseignée, commentée, institutionnalisée ; Freud et Lacan restent dans les bibliothèques, les concepts circulent, les citations aussi, jusqu’à ce qu’à force d’être lue, relue et dite, elle finisse peut-être par être la-dit-lue.

Je dois d’ailleurs rendre ici à la machine ce qui lui appartient : ce signifiant de la dilution m’est venu de ChatGPT au cours de nos échanges. Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard. La machine excelle précisément à absorber les singularités, à relier, reformuler, rendre compatibles, lisser parfois ce qui résistait encore ; elle dilue alors les aspérités dans l’immense savoir qu’elle restitue ensuite à l’utilisateur comme une réponse cohérente. J’ai repris ce mot, je l’ai découpé : diluée, la-dit-lue. Le signifiant appartenait à la machine ; ce qu’il m’a donné à entendre, beaucoup moins.⁠[14]

Le signifiant demeure alors en vitrine tandis que l’inconscient, lui, risque d’avoir déjà quitté la pièce.

C’est précisément cette « psychanalyse-là » que la machine saura remarquablement imiter : dès lors qu’il suffit de reconnaître un motif, d’appliquer une grille, de délivrer une signification ou de reproduire les signes extérieurs de l’analyste, elle dispose déjà de presque tout ce qu’il lui faut. Elle saura même fort bien se taire. Or le mutisme n’est pas davantage un acte analytique qu’un écran éteint ; il peut quelquefois n’être qu’un refus-je, le refuge commode d’un praticien qui transforme son absence d’intervention en méthode.

Ce qui fait un analyste ne réside donc ni dans un titre, ni dans un diplôme, ni dans l’appartenance à une école, pas davantage que dans la connaissance érudite de Freud ou de Lacan. Une IA peut produire un discours psychanalytique parfaitement documenté et manier les concepts avec une aisance que bien des praticiens pourraient lui envier ; mais le savoir sur l’inconscient n’est pas encore le savoir de l’inconscient.

D’où cette exigence fondamentale : un analyste a d’abord été analysant. Il a dû éprouver, toujours de manière inachevée, ce que signifie être soi-même surpris par un mot, pris dans une répétition, déplacé par un désir que la conscience aurait préféré ordonner autrement ; il a dû aussi rencontrer quelque chose de son propre rapport au savoir et de cette tentation, si humaine, de comprendre l’autre, de lui vouloir du bien, parfois de le sauver et, sous couvert de l’aider, de le gouverner.

Une longue analyse personnelle ne garantit certainement pas qu’un analyste le devienne ; mais qu’elle fasse défaut, et quelque chose manque cruellement à sa pratique. Car demeure alors cette question autrement plus embarrassante : comment soutenir chez un autre l’expérience d’un inconscient dont rien, ou presque rien, n’aurait jamais été éprouvé pour soi-même ?

C’est en ce sens que le psychanalyste n’est pas irremplaçable parce qu’il serait simplement « humain », formule elle aussi trop commode pour avoir quelque portée, mais parce que son acte engage une position, une expérience et une responsabilité. Ce qui l’engage n’est pas de produire pour l’autre une interprétation supposée juste, mais de savoir laisser se produire, dans la parole de l’analysant, quelque chose que celui-ci ne savait pas avant de l’avoir dit.

L’IA devient alors moins une concurrente qu’un révélateur, puisqu’elle oblige chaque pratique à montrer ce qu’elle faisait réellement derrière son titre. Elle pousse ainsi jusqu’à son terme une question que les professions « psy » auraient peut-être préféré différer : qu’est-ce qui, dans votre pratique, ne peut pas être ramené à une fonction transmissible à la machine ?

Et c’est peut-être là que se dessine, paradoxalement, une chance nouvelle pour la psychanalyse.

La saturation des réponses

Nous entrons en effet dans un monde où la rareté ne sera bientôt plus la réponse, mais son absence. Chaque hésitation pourra recevoir une explication, chaque malaise une hypothèse, chaque rêve une interprétation, chaque incertitude une recommandation.

Saturation réponses femme hologramme IA

La saturation des réponses pourrait alors modifier profondément notre rapport à la demande elle-même. Plus encore que leur contenu, c’est leur disponibilité permanente qui risque d’entretenir ce besoin de revenir vers l’Autre — psychothérapeute hier, machine aujourd’hui — afin qu’il dise ce qu’il faut penser, comprendre, faire, choisir, parfois même ressentir. À mesure que la réponse devient immédiatement disponible, le non-savoir risque de devenir de moins en moins supportable, et avec lui le temps nécessaire pour qu’une question travaille. Cette hypothèse rejoint d’ailleurs un travail récent consacré aux chatbots généralistes, qui décrit le risque de renforcer chez certains sujets anxieux l’intolérance à l’incertitude et les compulsions de type need to know.⁠[15]

La psychanalyse pourrait alors retrouver une nécessité dans sa manière même de traiter la demande : sans confondre ce qui est demandé avec ce qui, à travers cette demande, cherche encore à se dire. Elle ne fait ni du silence ni de l’incertitude des vertus ; elle laisse simplement à la parole la possibilité de produire autre chose que la réponse attendue.

Bref, l’intelligence artificielle ne tuera probablement pas la psychanalyse ; elle la triera.

Elle ne fera disparaître ni l’oubli, ni le lapsus, ni le rêve, ni cette étrange possibilité qu’un sujet dise tout autre chose que ce qu’il croyait vouloir dire. Peut-être même que la multiplication des réponses donnera à ces formations de l’inconscient de nouvelles raisons d’exister, car ce qui échappe à la réponse pourra alors prendre valeur d’événement.

La machine répondra toujours davantage, tandis que l’inconscient continuera, lui, à se faire entendre dans ce qui résiste à la réponse.

Et peut-être est-ce là que subsiste une forme de liberté : non pas disposer de toutes les réponses, mais ne jamais pouvoir être entièrement défini par l’une d’elles. Wo Es war, soll Ich werden, écrivait Freud : « là où c’était, je dois advenir ».⁠[18] Encore faut-il qu’une réponse venue de l’Autre ne vienne pas trop vite fermer ce qui, chez le sujet, demande encore à advenir.

Notes et références

[1] Michael V. Heinz, Daniel M. Mackin, Brianna M. Trudeau et al., « Randomized Trial of a Generative AI Chatbot for Mental Health Treatment », NEJM AI, vol. 2, no 4, 2025. DOI : 10.1056/AIoa2400802. Source en ligne

[2] Amanda M. Legemaat, Huibert Burger, Gert J. Geurtsen et al., « Effects up to 20-Year Follow-Up of Preventive Cognitive Therapy in Adults Remitted from Recurrent Depression: The DELTA Study », Psychotherapy and Psychosomatics, 2023, 92(1), p. 55-64. DOI : 10.1159/000527906. Source en ligne

[3] Pim Cuijpers et al., « Cognitive Behavior Therapy for Mental Disorders in Adults: A Unified Series of Meta-Analyses », JAMA Psychiatry, 2025, 82(6), p. 563-571. DOI : 10.1001/jamapsychiatry.2025.0482. Source en ligne

[4] Paul M. Salkovskis, Magnus Blondahl Sighvatsson et Jon Fridrik Sigurdsson, « How effective psychological treatments work: mechanisms of change in cognitive behavioural therapy and beyond », Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 51(6), p. 595-615. DOI : 10.1017/S1352465823000590 ; Matthew W. Southward, Madeline L. Kushner, Douglas R. Terrill et Shannon Sauer-Zavala, « A Review of Transdiagnostic Mechanisms in Cognitive Behavior Therapy », Psychiatric Clinics of North America, 2024, 47(2), p. 343-354. DOI : 10.1016/j.psc.2024.02.003. Source en ligne

[5] Beatrice de Gelder et Marco Tamietto, « A unified science of the non-conscious mind? », Nature Reviews Neuroscience, 2011 ; Liad Mudrik et Leon Y. Deouell, « Neuroscientific Evidence for Processing Without Awareness », Annual Review of Neuroscience, 2022, vol. 45, pp. 403–423. DOI : 10.1146/annurev-neuro-110920-033151. Source en ligne

[6] Jan-Edouard Brunie, « Définition de l’inconscient ». Texte en ligne

[7] Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, sous la direction de Daniel Lagache, Paris, PUF, entrée « Formation de compromis ».

[8] Timothy I. Morgenthaler et al., « Position Paper for the Treatment of Nightmare Disorder in Adults: An American Academy of Sleep Medicine Position Paper », Journal of Clinical Sleep Medicine, 2018, 14(6), p. 1041-1055. DOI : 10.5664/jcsm.7178. Source en ligne

[9] Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve (Die Traumdeutung, 1900), dans Œuvres complètes. Psychanalyse, tome IV, Paris, PUF, 2003, p. 14-756.

[10] Jan-Edouard Brunie, « L’interprétation ». Texte en ligne

[11] Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF, entrée « Libre association (Méthode ou règle de —) » ; Sigmund Freud, « Le début du traitement » (1913), dans La technique psychanalytique, trad. Anne Berman, Paris, PUF, 1981, p. 80-104 ; Jan-Edouard Brunie, « L’association libre ». Texte en ligne

[12] Jacques Lacan, « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Scilicet, no 1, 1968. Marc-Léopold Lévy, « De la nécessité du négatif dans le transfert », La clinique lacanienne, 2005/1, no 9, pp. 181–190. DOI : 10.3917/cla.009.0181. Cairn.info

[13] Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot.

[14] Jan-Edouard Brunie, « Vraie / fausse psychanalyse. La psychanalyse ne disparaît pas : on la dilue, “on la-dit-lue” ». Texte en ligne

[15] Ashleigh Golden et Elias Aboujaoude, « A transdiagnostic model for how general purpose AI chatbots can perpetuate OCD and anxiety disorders », npj Digital Medicine, vol. 9, art. 343, 2026. DOI : 10.1038/s41746-026-02531-7. Source en ligne

[16] Eric R. Kandel, « Biology and the Future of Psychoanalysis: A New Intellectual Framework for Psychiatry Revisited », American Journal of Psychiatry, 1999, 156(4), pp. 505–524. DOI : 10.1176/ajp.156.4.505 ; Anna Buchheim et al., « Changes in Prefrontal-Limbic Function in Major Depression after 15 Months of Long-Term Psychotherapy », PLOS ONE, 2012, 7(3), e33745. DOI : 10.1371/journal.pone.0033745. Source en ligne

[17] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XIX, …ou pire (1971–1972), séance du 9 février 1972, Paris, Seuil, 2011. Texte en ligne

[18] Sigmund Freud, Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, XXXIe conférence, « Die Zerlegung der psychischen Persönlichkeit », Vienne, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 1933. Texte en ligne