Une monnaie peut indiquer combien nous payons sans montrer tout ce qu’une production engage : des ressources prélevées, de l’énergie consommée, du temps humain, mais aussi des effets sur l’eau, les sols et le vivant. Avec le CHOIxCE, je propose de partir de ces réalités pour construire une référence commune de valeur, puis, à terme, une monnaie universelle. Cette présentation en expose le principe, les usages possibles et les questions qui devront être vérifiées.
Une référence commune avant une monnaie universelle
« Je propose de construire une monnaie universelle humaniste et écologique dont la référence commune serait la matière, l’énergie et le temps humain : MET. »
Le CHOIxCE ne consiste pas simplement à remplacer une devise par une autre. Son ambition est de déplacer ce que nous décidons de reconnaître comme valeur. Le projet commence par une méthode de mesure partagée, applicable à des territoires différents, et vise progressivement une monnaie capable de remplir les fonctions d’unité de compte, de moyen de paiement et de réserve de valeur.
Cette proposition prolonge ma réflexion présentée dans Faire le CHOIxCE. Elle s’inscrit dans ce que je nomme l’oïkonomie, l’organisation de notre maison commune : une économie attentive aux conditions matérielles de la vie et aux contributions humaines qui permettent de les préserver.
MET : matière, énergie et temps humain
La matière comprend les ressources employées dans un bien ou un service, leur origine, leur disponibilité et leurs possibilités effectives de réemploi ou de recyclage. Deux produits de masse comparable peuvent avoir mobilisé des matières et des procédés aux conséquences très différentes.
L’énergie comprend les apports biologiques, électriques, mécaniques ou thermiques nécessaires à la réalisation d’une activité. L’évaluation devrait regarder les sources utilisées, les transformations et les étapes pertinentes du cycle de vie, jusqu’à la fin d’usage.
Le temps humain ne se limite pas aux minutes d’exécution visibles. Il englobe aussi le travail indirect, la formation, l’expérience et la transmission des savoir-faire. Un geste bref peut résulter d’années d’apprentissage. Reconnaître cette profondeur humaine exige toutefois des règles de répartition pour ne pas compter plusieurs fois les mêmes contributions.
Les trois dimensions conserveraient chacune leurs unités, leurs sources et leurs incertitudes. Leur mise en relation à travers des coefficients suppose des conventions publiques, explicites et révisables : une masse de matière ne se confond ni avec une énergie dépensée ni avec un dommage écologique.
Rendre les conséquences écologiques visibles dans la valeur
Le prix de transaction ne décrit pas nécessairement l’état des sols, les prélèvements d’eau, les pollutions, la biodiversité ou la durée réelle d’utilisation d’un produit. Le CHOIxCE veut documenter ces effets, au-delà du seul carbone, ainsi que les contributions positives de la réparation, du réemploi et des pratiques qui préservent ou régénèrent les ressources.
« Le prix de vente peut être exact comme prix de transaction et demeurer incomplet comme information sur les conséquences de la production. »
Dans le manuscrit, je rassemble ces conséquences sous la notion de coût écologique réel (CER). Il ne s’agit pas de les fondre immédiatement dans un chiffre prétendument incontestable : chaque effet doit d’abord être décrit avec un indicateur, un périmètre et une méthode adaptés. Leur éventuelle traduction dans une valeur commune devra être justifiée et débattue.

Des consommateurs mieux informés, des entreprises incitées à évoluer
La première application envisagée est un double affichage : le prix habituel, en euros par exemple, et une évaluation CHOIxCE dont les composantes seraient consultables. Il deviendrait alors possible de comparer des offres de fonction équivalente en tenant compte des ressources mobilisées, de leur énergie, de leur durée d’usage et des contributions humaines.
Si cette information modifie effectivement les achats, la demande pourrait soutenir les filières qui économisent les ressources ou améliorent leurs pratiques. Les entreprises disposeraient elles-mêmes du référentiel pour examiner les effets d’un fournisseur différent, d’une réparation, d’un meilleur rendement ou d’une autre organisation du travail.
Mais la transparence ne supprime ni les contraintes budgétaires ni les différences d’accès aux produits. L’effet sur les comportements, les prix et les revenus n’est pas acquis : il devra être observé dans des expérimentations. Une production mieux évaluée ne devient pas automatiquement moins chère.
Liberté d’entreprendre, concurrence et transformation du capital
« La concurrence demeure une force d’émulation. »
Le CHOIxCE n’a pas pour objet de supprimer le marché, la liberté d’entreprendre ou la possibilité de s’enrichir. Il cherche à transformer les critères selon lesquels une entreprise fait reconnaître sa contribution et attire des investissements. Une pratique qui évite une dégradation, prolonge la vie d’un bien ou valorise un savoir-faire pourrait être mieux distinguée d’une pratique dont certains coûts restent invisibles.
Une distinction est essentielle : la valeur reconnue par le CHOIxCE, le prix payé et le revenu perçu ne sont pas identiques. Les règles qui permettraient de passer de l’évaluation à des avantages économiques réels, puis à des échanges monétaires, restent à construire. Rendre une pollution visible ne suffit pas, à lui seul, à faire supporter son coût à l’activité qui l’a produite.
IA et robotisation : que devient le temps humain ?
Lorsque les robots et les intelligences artificielles réduisent le travail direct nécessaire à certaines tâches, ils ouvrent la possibilité de libérer du temps. Ce temps peut être consacré à apprendre, créer, transmettre, prendre soin ou simplement vivre ; il peut aussi se traduire par une perte de revenu. Ce choix ne découle pas automatiquement du progrès technique.
Le CHOIxCE entend rendre visibles les ressources, l’énergie et les contributions humaines nécessaires à la conception, à la maintenance et au contrôle des machines. Il cherche aussi à reconnaître les activités dont la valeur humaine ne se résume pas à la vitesse d’exécution. La dignité d’une personne ne dépend pas de son classement dans un calcul de productivité.

L’API CHOIxCE : calculer, documenter et pouvoir vérifier
Une méthode commune devra être utilisable dans les commerces, les entreprises, les collectivités et les outils numériques. C’est le rôle envisagé pour l’API CHOIxCE : recevoir des données sur un produit ou un service et restituer une évaluation accompagnée de ses composantes, sources, unités, coefficients, incertitudes et version de calcul.
Les IA pourraient aider à analyser les documents de production, rapprocher des inventaires, identifier les étapes d’un cycle de vie ou signaler les incohérences. Mais une estimation doit rester identifiable comme telle. La méthode et le code devraient permettre à des acteurs indépendants de reproduire et de contester le résultat. L’IA assiste la mesure ; elle n’en décide pas les finalités.
Le projet prévoit aussi, à un stade ultérieur, un portefeuille numérique nommé CHOIxCE Wallet et des mécanismes de conversion et de règlement. Leur sécurité, leur fonctionnement et leur propre consommation de ressources devront être examinés.

Une transition progressive, du double affichage aux échanges
Une monnaie universelle ne peut être instaurée par simple déclaration. La mise en œuvre progressive du CHOIxCE reposerait d’abord sur un référentiel documenté et des premiers calculs reproductibles, puis sur des expériences volontaires de double affichage menées par des filières, des commerces ou des collectivités.
Ce n’est qu’ensuite que pourraient être développés des usages de règlement, avec un portefeuille et des équivalences transitoires fondées sur un panier de biens et de services de référence. Une extension à d’autres territoires et pays dépendrait de la qualité des données, de l’utilité constatée du dispositif, de sa stabilité et des accords nécessaires.
Le passage à une véritable monnaie imposerait encore de préciser l’émission, la liquidité, le crédit, l’épargne, la continuité des contrats ainsi que la gouvernance juridique et institutionnelle. La progression décrite est un horizon de travail, non un calendrier de résultats garantis.

Ce qui reste à démontrer scientifiquement
Le document présenté aux journalistes et aux scientifiques ne constitue pas une validation du CHOIxCE. Il propose un programme de travail : établir des données comparables, prévenir le double comptage, tester les coefficients, examiner les incertitudes et comparer des produits ou services sur des périmètres cohérents. Il faudra mesurer si l’information est comprise, si elle influence réellement les achats et si les entreprises modifient leurs pratiques.
La gouvernance fait partie de ces questions. Le CHOIxCE Council envisagé réunirait compétences scientifiques et économiques ainsi qu’une représentation citoyenne pour examiner les référentiels, organiser les audits et rendre contestables les décisions. Il resterait à définir les garanties d’indépendance, de confidentialité et de continuité des engagements monétaires.
L’objectif n’est pas d’annoncer des résultats avant de les avoir obtenus, mais de construire les conditions permettant de les publier, y compris lorsqu’ils révèlent des limites ou des effets indésirables.
Lire la présentation complète du CHOIxCE
Cette actualité reprend les articulations principales de ma présentation du 19 octobre 2026. Le document intégral détaille les coefficients envisagés, les exemples de comparaison, les conditions de calcul, les étapes monétaires et les questions destinées à la recherche. Il est proposé à la discussion des journalistes, scientifiques et acteurs intéressés par une économie qui puisse mieux documenter ce qu’elle engage.
« Faire le CHOIxCE, c’est proposer que l’humanité reprenne progressivement la maîtrise de ce qu’elle appelle richesse, et qu’elle donne à cette exigence une forme monétaire universelle. »
Lire la présentation complète du CHOIxCE — PDF, 9 pages



